A Propos de Stefan Chaligne

stefan-chaligneMon nom est Stefan Chaligne. Disons-le clairement mes relations avec le vin ont démarré sous de biens sombres hospices. Plusieurs évènements particulièrement frustrants ont en effet marqué mon initiation au monde du vin.

Je fus chargé au milieu des années 80 d’organiser le déménagement de mes grands-parents qui quittaient Paris, ville devenue trop agitée pour des personnes aux forces déclinantes, pour s’installer en Normandie où mon grand-père pouvait assouvir sa passion de la forêt. Mon grand-père financier atypique et avisé, attiré par les investissements les plus exotiques, ferme au Vanuatu, transports en Indochine, forêt en Colombie ne portait aucun intérêt ni au vin à l’alcool. Pire jusqu’à l’âge de 85 ans, à toute heure de la journée, il ne buvait que de l’eau et du lait au point où l’évènement culinaire de la journée était une gigantesque casserole de chocolat au lait qu’il immergeait dans le vaste récipient à l’aide d’une non moins pantagruélique cuillère. Pour en revenir au déménagement avant de s’attaquer à la cave il me signalait que je devais y trouver 2 caisses de Château Margaux offertes par un ami en remerciement de ses bons conseils financiers. Je trouvais effectivement les 24 bouteilles parfaitement rangées mais pour ma plus grande stupeur, toutes vides. Immédiatement le doute de porta sur le jeune cuisinier qui les servait dans un état d’ébriété avancée un jour sur deux. L’histoire en resta là.

L’autre funeste découverte se passe aussi dans une cave, celle de mes parents, installés à Neuilly sur Seine, banlieue bourgeoise de la région parisienne. Mon père, Jean-Claude, hérédité oblige, aussi peu intéressé par les boissons alcoolisées que son père voulut me faire plaisir le jour de mes 20 ans. Il me demanda de faire l’inventaire de sa cave avec l’idée de m’offrir quelques bonnes bouteilles. Malheureusement il ne s’y rendait jamais sauf pour y entreposer les caisses que lui offrait son ami Jacques Seysses, fondateur du célèbre domaine bourguignon ‘Domaine Dujac’, fils de Louis Seysses grand gastronome, président du ‘club des cent’ et dirigeant d’un grand groupe alimentaire. Cette amitié s’est prolongée sur les jeunes générations mais c’est une autre histoire. Tout excité à l’idée de découvrir les trésors que mon père m’avait trop longtemps dissimulés je descendais vers la terre promise. Nouvelle désillusion : j’arrivais dans un local surchauffé, contigu à la chaudière de l’immeuble où il régnait une chaleur étouffante ; les dizaines de caisse de Dujac et de domaine de la Bousse d’or, premier vignoble de Jacques Seysses à Volnay, avnt qu’il ne s’installe à Morey-Saint-Denis., étaient définitivement perdues. Du Clos de la Roche au Gevrey Chambertin tout avait péri dans la chaleur sèche. Je ne pus dissimuler ma frustration devant la perte de ces précieuses bouteilles et l’extraordinaire indifférence de mon père.

Pour couronner cette triste série, je ne peux passer sous silence, l’acte manqué du milieu des années 60. Paul Chaligné s’était improvisé agriculteur en acquérant l’ile Cazeau dans l’estuaire de la Gironde, près de Bordeaux, vaste étendue où il s’adonnait à la culture du maïs. Cette exploitation agricole bien que maigrement profitable contrastait néanmoins avec certains grands domaines viticoles voisins qui enregistraient des pertes récurrentes. Paul se vit offrir par un notaire local la possibilité d’échanger ‘son maïs’ contre un très grand château sur la région de Margaux, et ce agrémenté d’une soulte. Inutile de dire que l’homme à la casserole chocolatée n’envisagea pas la chose une seule seconde.

Après de tels résultats, la rédemption ne pouvait être loin. Une fois encore, la famille Seysses nous offrit la possibilité d’échapper à l’ignorance. Jacques Seysses m’offrit la possibilité de rejoindre un petit groupe d’amis qui se portait acquéreur d’une magnifique vigne sur la commune de Morey-Saint-Denis, dont son domaine, Domaine Dujac, aurait la responsabilité de la vinification. Nous sommes en 1996 et je saisis immédiatement cette opportunité qui me permet, au moins en pensée, d’échapper au ghetto de la City londonienne et à sa dimension immatérielle. Comble de satisfaction, les copropriétaires ne seront pas payés en vulgaires espèces mais en nature, recevant le fruit de leur vigne sous la forme de magnifiques flacons arborant l’étiquette du ‘Domaine Dujac’. Je venais de poser la première pierre de ce qui allait devenir une passion et une aventure.

Stefan Chaligne.